Au musée de Sidi Bou Saïd: «Reflets» Prélude d’un concept tout en improvisation


La Presse | Publié le 03.02.2009
A l’initiative de Mohamed Hachicha, le céramiste de Sidi Kacem Jelizi, l’Union des artistes plasticiens tunisiens a dérogé à l’usage établi en parrainant une exposition de photographies, la première depuis sa création. Elle se tient au musée du village de Sidi Bou Saïd, la clôture a eu lieu le samedi 31 janvier.

Jusqu'au bout de la sensibilitéSur le thème du reflet comme prélude au phénomène par lequel on se retrouve sur la même longueur d’ondes que ces artistes qui parlent presque le même langage; le reflet demeure, en définitive, sensible aux vibrations saccadées et répétées de nos palpitations et qui finissent par faire sourdre l’émotion enfouie en chacun des trente-cinq artistes, pratiquement tous enseignants à l’Ecole des arts et métiers de Sfax et à l’Institut supérieur des beaux-arts de Tunis.
On y trouve Anis Mili, un pro de la photo «décalée» qui sort de l’ordinaire par la fantaisie et l’insolite.

En juillet 2008, il était l’invité de l’Institut du monde arabe, à Paris, où ses œuvres, au nombre de vingt, ont rencontré un écho favorable. Dernièrement, il a été récompensé du Prix de la photographie au festival des arts plastiques d’Ezzahra.
Présent avec deux compositions intitulées «Complémentarité», elles se situent dans une perspective quelque peu déplacée dans le temps et dans l’espace qui échappe à une représentation traditionnelle de la réalité. Anis Mili y a déployé une crudité qui laisse trahir une vraie force d’expression. Dans un style irradiant d’énergie, il a réussi à imprimer dans la vision du spectateur des échos, reflets d’une mémoire qui éveille dans l’esprit des résonances profondes.
Avec Lotfi Ghariani, on est immédiatement introduit dans une structure verticale, organisée selon un schéma, disons, hiérarchique, en ce sens que ses deux tableaux (40 cm sur 190 cm) se présentent avec le concept qu’il affectionne et qu’il utilise dans quasiment tous ses travaux. Sa «Barque Kyranis», une composition en quatre éléments, a été acquise par la mairie de Marseille. Elle trône présentement dans le salon d’honneur d’un des arrondissements de la cité phocéenne.
Lotfi Ghariani a traité comme pas un le reflet; il a superbement joué sur la réflexion de la lumière à partir de la surface des deux corps de mannequins de vitrine. Avec beaucoup d’ingéniosité, il a mis en lumière la variation recherchée dans le coloris, le modelé et la manière d’exprimer l’amplitude du phénomène du reflet. En avril 2008, il était en résidence à Alexandrie, dans le cadre du 3e Atelier méditerranéen de la photographie, organisé par Ecume. Il vient de remporter dernièrement le trophée de la IIe édition de Festimed, l’exposition internationale de la photographie, à Hammamet-Sud.

Mouna Siala, quant à elle, a présenté deux œuvres, l’une consacrée à la férocité de l’acharnement des hordes sionistes sur les civils désarmés et innocents de Gaza, et l’autre sur le devoir de mémoire. En effet, l’artiste a réuni toutes les photos, depuis l’enfance jusqu’à aujourd’hui.
Celles de son entourage immédiat, des enfants du quartier, et elle les a rassemblées dans l’expression la plus réduite de leur représentation. Par cette action biologique et psychologique, l’artiste a sauvegardé de l’oubli des expériences antérieurement vécues. Reflet des sentiments éprouvés et, peut-être, des connaissances autrefois acquises, la photographie reflète des souvenirs enfouis dans le plus profond de notre être et qui, une fois qu’on ne sera plus là, demeureront dans l’esprit de ceux qui nous succéderont.

Sur une citation du peintre et plasticien François Morellet, réputé pour avoir célébré l’heureux mariage de l’ordre et du désordre, Wadie M’hiri a participé à cette exposition avec une installation photo qui avait tout d’une abstraction cinétique, fondée sur l’illusion optique, et minimale ou conceptuelle réduisant l’œuvre à des formes géométriques tout ce qu’il y a de plus simples.
Cette installation, en plexiglas, est composée de neuf éléments indépendants les uns des autres. Son originalité réside dans le désordre qui n’est qu’apparent car, en fait, il reflète cette tendance spontanée qui consiste à disposer les éléments dans l’ordre et à leur place. Une œuvre qui donne à réfléchir.